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UN PRIX POUR JEAN METELLUS

Image Image Les Éditions Janus sont fières d'être parmi les éditeurs qui publient l'oeuvre de Jean Métellus. Rappelons ici que l'homme est grand – poète, romancier, dramaturge, essayiste – et ses multiples talents très largement reconnus depuis que Maurice Nadeau, André Malraux et Aimé Césaire, pour ne citer qu'eux, l'ont mis sur le devant de la scène.

Vous pouvez télécharger ici le discours de remise de prix ou le lire ci-dessous.

 

CE QU'EST POUR NOUS LA POÉSIE
Si nous, poètes et fondateurs de La Nouvelle Pléiade, avons décidé,
voici un an déjà, de créer le Grand Prix International de Poésie de langue
française Léopold Sédar Senghor, c’est à la fois pour honorer la mémoire de cet
immense poète, mais aussi pour reprendre le flambeau de nos illustres
prédécesseurs de la Pléiade qu’à leur manière Senghor, Césaire et Damas
avaient déjà repris en défendant le concept de négritude.
Nous savons bien que chaque langue est riche de sa diversité et des
cultures qui l’ont en partage et si nous pensons que la poésie est une couleur
dans la nuit, c’est par ce que nous partageons la conviction, plus que jamais
nécessaire à l’heure de la mondialisation des biens et des ressources, mais aussi
des consciences, que l’homme, ou plutôt l’humain, adviendra un jour, s’il
accepte de reconnaître que l’autre est lui-même, quelles que soient les
différences qu’il lui trouve.
Et si, aujourd’hui, nous voulons honorer la mémoire de Senghor c’est
parce qu’il a su magnifier le rôle de chantre du poète qui est là pour sacrer le
monde et l’homme, l’honorer de son regard et de sa voix, et redonner, comme le
voulait Mallarmé, un son plus pur aux mots de la tribu.
Léopold Sédar Senghor était fier à juste titre, comme l’était également
son ami le grand poète québécois Gaston Miron, d’appartenir à la prestigieuse
Académie Mallarmé.
Quand nous honorerons, à la fin de la présente année, la mémoire de
Gaston Miron, poète dans la cité s’il en fut, nous soulignerons aussi son rôle
d’ardent défenseur de l’identité et de la langue française de ses compagnons des
Amériques, en évoquant sa courageuse posture de poète qui « refuse
l’inacceptable et la désespérance et qui, debout, parie pour demain et
s’insurge ».
Nous ne faisons que dire, à travers l’évocation de ces poètes singuliers,
qu’à nos yeux tous les poètes vont « au rendez-vous de l’espérance » et qu’en
marchant ainsi vers l’humain, ils nous sauvent.
Aujourd’hui, celui qui nous sauve est un très grand poète, il s’agit de
Jean Métellus.
Si nous lui remettons le Grand Prix International de Poésie de langue
française Léopold Sédar Senghor, c’est parce que depuis qu’il s’est fait
connaître en publiant ses premiers poèmes dans la revue de Maurice Nadeau,
Les Lettres Nouvelles, il n’a cessé, par la force et la beauté de son verbe inspiré,
qu’il s’agisse de sa prose ou de sa poésie, de se montrer le digne successeur du
chantre de la négritude.
Faut-il rappeler l’importance de son oeuvre qui compte une vingtaine de
romans et essais dont pour ne citer que les plus célèbres, Jacmel au Crépuscule,
La Famille Vortex, La Parole Prisonnière, L’Année Dessalines, Les Cacos,
romans publiés aux Editions Gallimard, ou encore L’ Archevêque et Toussaint
Louverture Le Précurseur, aux éditions Le Temps des Cerises et, côté essais,
Haïti, une nation pathétique, chez Denoël, Vive la dyslexie, chez Nil/Laffont ou
Des maux du langage à l’art des mots, entretiens avec Françoise Naudillon chez
Liber. Une oeuvre qui compte également cinq pièces de théâtre et plus de dix
recueils de poésie, depuis le très fameux Au pipirite chantant jusqu’à Alliance et
Les dieux pèlerins en passant par Hommes de plein vent, Voyance et Voix
Nègres, Voix Rebelles.
Nous savons que l’esprit humain s’incarne dans l’âme des poètes qui
forment une vaste chaîne entre eux depuis la nuit des temps et s’imprègnent des
mots, des rêves et des pensées des uns et des autres. C’était là l’intuition de
Jorge Luis Borgès et nous la partageons.
En fait, Orphée est un, même s’il peut prendre différents visages et
s’incarner à travers les siècles dans différentes voix, sa parole est la même, elle
est le chant du sacré, le fil qui nous permet d’atteindre l’harmonie secrète,
oubliée trop souvent, mais qu’il sait animer comme un souffleur de braises.
Jean Métellus, le poète, retrouve le son juste, le mot unique que l’homme a
murmuré à son premier matin, le sourire aux lèvres, il est le magicien de la
langue, pourtant si simple qu’il purifie pour nous en faire offrande, il sait la
langue universelle, cette harmonie secrète souvent oubliée par les hommes, mais
qui seule peut les réconcilier avec eux-mêmes, la poésie.
A lire et à relire la somptueuse poésie de Jean Métellus, on ne peut que se
dire qu’une telle oeuvre mériterait, comme celles d’Aimé Césaire et d’autres
poètes qui composent le Comité d’honneur de notre Prix, le Nobel de
Littérature.
Souhaitons que le Grand Prix Senghor qui lui est attribué aujourd’hui en
soit le signe avant coureur.
Sylvestre Clancier, co-président du jury du Prix Senghor, au Pavillon d’honneur du Salon du
Livre de Paris, le 21 mars 2006 (journée mondiale de la poésie)