| UN PRIX POUR JEAN METELLUS |
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Vous pouvez télécharger ici le discours de remise de prix ou le lire ci-dessous.
CE QU'EST POUR NOUS LA POÉSIE Si nous, poètes et fondateurs de La Nouvelle Pléiade, avons décidé, voici un an déjà, de créer le Grand Prix International de Poésie de langue française Léopold Sédar Senghor, c’est à la fois pour honorer la mémoire de cet immense poète, mais aussi pour reprendre le flambeau de nos illustres prédécesseurs de la Pléiade qu’à leur manière Senghor, Césaire et Damas avaient déjà repris en défendant le concept de négritude. Nous savons bien que chaque langue est riche de sa diversité et des cultures qui l’ont en partage et si nous pensons que la poésie est une couleur dans la nuit, c’est par ce que nous partageons la conviction, plus que jamais nécessaire à l’heure de la mondialisation des biens et des ressources, mais aussi des consciences, que l’homme, ou plutôt l’humain, adviendra un jour, s’il accepte de reconnaître que l’autre est lui-même, quelles que soient les différences qu’il lui trouve. Et si, aujourd’hui, nous voulons honorer la mémoire de Senghor c’est parce qu’il a su magnifier le rôle de chantre du poète qui est là pour sacrer le monde et l’homme, l’honorer de son regard et de sa voix, et redonner, comme le voulait Mallarmé, un son plus pur aux mots de la tribu. Léopold Sédar Senghor était fier à juste titre, comme l’était également son ami le grand poète québécois Gaston Miron, d’appartenir à la prestigieuse Académie Mallarmé. Quand nous honorerons, à la fin de la présente année, la mémoire de Gaston Miron, poète dans la cité s’il en fut, nous soulignerons aussi son rôle d’ardent défenseur de l’identité et de la langue française de ses compagnons des Amériques, en évoquant sa courageuse posture de poète qui « refuse l’inacceptable et la désespérance et qui, debout, parie pour demain et s’insurge ». Nous ne faisons que dire, à travers l’évocation de ces poètes singuliers, qu’à nos yeux tous les poètes vont « au rendez-vous de l’espérance » et qu’en marchant ainsi vers l’humain, ils nous sauvent. Aujourd’hui, celui qui nous sauve est un très grand poète, il s’agit de Jean Métellus. Si nous lui remettons le Grand Prix International de Poésie de langue française Léopold Sédar Senghor, c’est parce que depuis qu’il s’est fait connaître en publiant ses premiers poèmes dans la revue de Maurice Nadeau, Les Lettres Nouvelles, il n’a cessé, par la force et la beauté de son verbe inspiré, qu’il s’agisse de sa prose ou de sa poésie, de se montrer le digne successeur du chantre de la négritude. Faut-il rappeler l’importance de son oeuvre qui compte une vingtaine de romans et essais dont pour ne citer que les plus célèbres, Jacmel au Crépuscule, La Famille Vortex, La Parole Prisonnière, L’Année Dessalines, Les Cacos, romans publiés aux Editions Gallimard, ou encore L’ Archevêque et Toussaint Louverture Le Précurseur, aux éditions Le Temps des Cerises et, côté essais, Haïti, une nation pathétique, chez Denoël, Vive la dyslexie, chez Nil/Laffont ou Des maux du langage à l’art des mots, entretiens avec Françoise Naudillon chez Liber. Une oeuvre qui compte également cinq pièces de théâtre et plus de dix recueils de poésie, depuis le très fameux Au pipirite chantant jusqu’à Alliance et Les dieux pèlerins en passant par Hommes de plein vent, Voyance et Voix Nègres, Voix Rebelles. Nous savons que l’esprit humain s’incarne dans l’âme des poètes qui forment une vaste chaîne entre eux depuis la nuit des temps et s’imprègnent des mots, des rêves et des pensées des uns et des autres. C’était là l’intuition de Jorge Luis Borgès et nous la partageons. En fait, Orphée est un, même s’il peut prendre différents visages et s’incarner à travers les siècles dans différentes voix, sa parole est la même, elle est le chant du sacré, le fil qui nous permet d’atteindre l’harmonie secrète, oubliée trop souvent, mais qu’il sait animer comme un souffleur de braises. Jean Métellus, le poète, retrouve le son juste, le mot unique que l’homme a murmuré à son premier matin, le sourire aux lèvres, il est le magicien de la langue, pourtant si simple qu’il purifie pour nous en faire offrande, il sait la langue universelle, cette harmonie secrète souvent oubliée par les hommes, mais qui seule peut les réconcilier avec eux-mêmes, la poésie. A lire et à relire la somptueuse poésie de Jean Métellus, on ne peut que se dire qu’une telle oeuvre mériterait, comme celles d’Aimé Césaire et d’autres poètes qui composent le Comité d’honneur de notre Prix, le Nobel de Littérature. Souhaitons que le Grand Prix Senghor qui lui est attribué aujourd’hui en soit le signe avant coureur. Sylvestre Clancier, co-président du jury du Prix Senghor, au Pavillon d’honneur du Salon du Livre de Paris, le 21 mars 2006 (journée mondiale de la poésie) |
®Les éditions Janus, 2006
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